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La météo agroalimentaire au Cameroun: gros nuages à l'horizon

03/15/2010

La tendance ce trimestre est au changement agroalimentaire: eau, riz, sucre, farine, banane, presque tout y passe. Le futur s'annonce plutôt obscur (hélas) quand on voit l'amoncellement de problèmes qui pointent à l'horizon. Mais,on peut quand même noter une bonne gestion du Commerce par Luc Magloire Mbarga Atangana (je dois me faire violence pour me l'avouer). A mon sens, c'est le seul ministre qui tire à peu près son épingle du jeu en ayant une politique cohérente. Les autres sont embourbés dans des joutes politiciennes dont les populations n'en subissent que les affres (sauf peut-être Louis Paul MOTAZE, mais ses actions sont par trop stratégico-stratégiques...je n'arrive pas à en saisir le bien-fondé).

D'abord, une nouvelle qui n'est pas pour rassurer les camerounais: il n'y a plus d'eau courante dans les grandes villes du pays. Les responsables de la desserte en eau se seraient rendus compte un beau matin que le Nyong perdrait en débit, et donc, délivrait moins d'eau qu'auparavant. Voilà, les gars coupaient tranquillement un Kitoko au bar du coin quand le niveau du fleuve a subitement baissé. Leurs tableaux de bord de suivi des débits des fleuves n'ont pas indiqué que les débits baissaient et qu'il était urgent de prendre des dispositions et de procéder à des investissements. C'est tellement aberrant un tel pilotage à vue que je ne sais même pas par où commencer.

Le problème de débit se posait déjà avec acuité à AES-Sonel, depuis des années. Les responsables de la distribution d'eau se sont peut-être dits que les fleuves camerounais ne leur feraient pas le même coup qu'AES. Que ce soit le ministre de l'Eau, ou Basile Atangana Kouna, tout le monde est muet sur ce problème crucial, et probablement vital.

Dans son discours de fin d'années, Paul Biya a dit que depuis 50 ans, le Cameroun a évolué. Il faut dire que sans eau courante, ni électricité courante dans les grandes villes, on a du mal à situer l'évolution dont il parle. Je cherche, je cherche...

Ensuite, une autre nouvelle pas du tout sucrée: le Cameroun va autoriser l'importation de 35.000 tonnes de sucre. Ce n'est pas rassurant car une telle nouvelle montre que SOSUCAM a totalement échoué dans sa mission, et qu'il est temps de permettre la concurrence sur le secteur sucrier. NOSUCA a été sacrifié sur l'autel des intérêts étrangers. Il est temps de revoir le monopole accordé à SOSUCAM, dont la mauvaise foi des cadres est simplement inquiétante. Alors que tout le monde sait qu'ils préfèrent vendre le sucre camerounais dans la sous-région, ils s'échinent à dire que la pénurie est causée par les distributeurs. C'est juste incroyable et il est temps que les choses ne normalisent. Le monopole imposée sur un secteur comme le sucre ressemble à une vraie folie aujourd'hui.Au début, un tel monople s'expliquait peut-être par la volonté de protéger la croissance et les investissements de SOSUCAM dans un jeune état. Aujourd'hui, plus rien ne le justifie.

Après le sucre, vient la banane. Et ce n'est rien de dire que le régime en place vient de prendre une grande claque dans la gueule. Dites-moi, les APE, vous en souvenez? Ces traités commerciaux meurtiers que l'Europe a voulu imposer à toute l'Afrique. Eh bien, face à la pression européenne, le Cameroun avait accepté de signer des accords intermédiaires (la Côte d'ivoire était l'autre pays, qui a cédé face aux mêmes raisons). Qu'avait promis l'Europe? Un accès facilité au marché européen pour la banane camerounaise, notamment par le maintien des droits de douane élevé de la banane d'Amérique Latine....Comme face aux rois du 14ème siècle à qui on donnait un peu de whisky contre des esclaves, nos dirigeants-négociateurs ont tout simplement cru aux affabulations des représentants européens. Eh bien, les droits de douane de la banane d'Amérique Latine a finalement baissé, et le Cameroun l'a dans le postérieur. L'horizon s'obscurcit sur la banane camerounaise, qui a des soubresauts de réaction, notamment en labellissant la banane camerounaise, sous le label "Makossa Banana" (tout un programme...).

Après la banane, le riz. Sous la pression de la filière, le gouvernement va interdire l'importation de riz au Cameroun, et ça, c'est une excellente nouvelle. Ceci signifie que le riz camerounais pourra trouver des débouchés. Il faut casser les situations de rente pour installer un tissu productif qui est le seul à pouvoir impulser quelque chose de durable. J'espère seulement qu'il ne s'agit pas d'une feinte, mais que les capacités de production actuelles peuvent contenter au moins 50% des besoins des populations, sinon, il s'agit d'un piège à cons.

Le gouvernement encourage la production de riz, mais je pense aussi aux aliments alternatifs (manioc, macabo, plantains, bananes, patates, pommes de terre, taro, ignames, etc..). Les populations camerounaises ne sont historiquement ni productrices de riz, ni consommatrices. Quand le Cameroun était autosuffisant dans les années 80, le riz était un aliment exotique. La qualité du riz semble être essentiellement sa facilité de conservation, et sa rapidité de cuisson. Dans la recherche d'aliments alternatifs, il faudrait que les agriculteurs y pensent.

Et enfin, il semble que les boulangers camerounais ont parfaitement intégré que le blé n'est pas la seule farine quand on veut faire du pain, et la patate douce ou la pomme de terre feraient d'excellentes alternatives. Le pain de Kumba est déjà fait avec la farine de patates douces, et n'a rien à envier au pain dit "traditionnel" (ou pain du colon). Le seul hic ici est la disposition de la matière première, à savoir pour eux, la farine alternaitve. Ce qui crèe donc un besoin spécifique, identifié et mesurable pour toute personne voulant se lancer dans l'agroalimentaire. Le pain a pris une grande place dans les habitudes alimentaires camerounaises, et il faut mener une vraie réflexion pour le démocratiser et rendre sa quantité, sa qualité et son prix invariables aux évolutions dites "internationales".

2 Comments Add your own

  • 1. mbock mbock  |  03/27,2010

    C tout de meme curieux ce cameroon. Aucune visibilité. Comment peut on arriver a manquer du sucre dans un pays ???? Comment peut-on etre surpris par la baisse des eaux ????

  • 2. tchoko  |  03/27,2010

    Pas mal ta météo Nino, vraiment pas mal. J'ai tjrs du mal à tout synthétiser en ce qui concerne les problèmes alimentaires au Cameroun, tellement ils sont nombreux. Ce que j'ai noté comme toi, c'est qu'au commerce et à l'économie, les technocrates qui occupent ces postes ministériels se bougent plutôt bien. Mais il faut plus de sanctions envers les opérateurs économiques qui enfreignent les lois...

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Ce blog comporte ma critique de l'actualité camerounaise, africaine ou mondiale, avec un penchant pour les NTIC et les chiffres(!!)

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