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La question rejetée de Jean-Michel NINTCHEU à Issa Tchiroma

11/24/2009

"Le Cameroun est une terre de démocratie", on nous rabat les oreilles avec cela tous les jours. Tellement démocratique que lorsqu'un député, élu de la Nation, veut poser une question de fond au gouvernement, la conférence des présidents la rejette (conférence des présidents dont personne n'ignore les vrais décisionnaires).

La question au ministre de la communication, Issa Tchiroma, posée par Jean-Michel Nintcheu (député SDF du Wouri, vice-président du groupe parlementaire SDF à l'assemblée), intervient dans un climat marqué par les assises de l'UPF (Union pour la Presse Francophone, ou quelque chose comme ça) à Yaoundé. On est donc en plein dans l'actualité du moment. La question concerne le financement de la presse privée et le gouffre financier représenté par la presse dite publique (mais, qui n'a de public que son financement).

L'assemblée nationale est donc tellement démocratique, qu'elle n'accepte même pas la question. Non non, il ne pose pas sa question quitte à ce que Tchiroma botte en touche.Non non, on lui interdit de la poser. Voilà l'idée de la démocratie que se font certains de nos députés !

Voici la question dans son entièreté pour les curieux...


Au même titre que les médias dits « officiels », les médias privés exercent une mission de service public : éduquer, informer et divertir. Il n’est de secret pour personne que les médias privés la remplissent mieux que les médias dits « officiels » qui, en se transformant en outil de propagande partisan au service d’un seul parti le RDPC, se sont dévoyés de leur mission fondamentale.

Il existe au sein de votre ministère une Direction de la communication privée. Pourtant les médias à capitaux privés sont depuis longtemps les laissés-pour-compte du fait des Gouvernements successifs qui, pour des raisons absurdes et stupides, ont décidé de programmer leur mort par étouffement.

Monsieur le Ministre,

La publicité est la principale source de revenus de tout média. Dans notre pays, le marché de la publicité a un chiffre d’affaires qui tourne autour de 15 milliards de Fcfa dont 10 milliards sont injectés par les seules multinationales ou leurs filiales. Ces 15 milliards sont partagés entre les différents acteurs de ce secteur d’activités. Classés par ordre de taille, de volume d’activités et de chiffres d’affaires, on peut citer :

- l’Affichage qui est le principal média utilisé par les entreprises pour faire passer leurs messages.

- La Télévision qui est un domaine dans lequel  il faut faire le distinguo entre les producteurs et les diffuseurs. De par la loi, ces derniers en dehors des émissions d’information et de débats, ne produisent pas.

-         La Radio

-         La Presse écrite.

-         L’Internet.

Pour ce qui concerne la presse privée,

Celle-ci ploie sous le coup d’un endettement qui plombe considérablement son développement et son épanouissement. Les recettes publicitaires se sont considérablement rétrécies à cause des pouvoirs publics qui accordent la quasi-totalité des annonces officielles à Cameroon Tribune et ses satellites, à cause du chantage exercé auprès des annonceurs privés selon qu’un journal « dérange » et enfin à cause des coûts des intrants qui ne cessent de grimper.

Pour ce qui concerne l’audiovisuel,

Les études ont relevé qu’une chaîne de télévision, si elle veut être viable dans notre environnement, doit avoir un budget annuel de 3,5 milliards de Fcfa. A titre d’illustration, la diffusion d’un épisode d’une série télévisée coûte en moyenne 250.000 Fcfa pour 30 minutes. Soit pour 05 éditions par semaine, une dépense mensuelle de 05 millions de Fcfa pour des rentrées publicitaires insignifiantes au regard des charges globales de l’entreprise.  De même que pour monter sur satellite, il faut débourser environ 100 millions de Fcfa au propriétaire du bouquet et payer par la suite une redevance mensuelle de près de 06 millions de Fcfa par mois. Il est donc difficile pour ces chaînes de télévision d’être des médias de très bonne qualité et surtout de joindre les deux bouts.

Pendant que les médias audiovisuels privés (Radio et Télé) peinent à joindre les deux bouts, la CRTV  pourtant construite et entretenue grâce à l’argent du contribuable, ne cesse de devenir un gouffre financier. L’effectif pléthorique (3000 personnes contre 60 pour une télévision privée dans notre pays) est en grande partie dû au fait que la CRTV est devenu pratiquement le refuge des protégés de l’aristocratie et de la bourgeoisie régnantes. Son budget doit être ramené à au plus 07 milliards de Fcfa soit le double requis pour une chaîne audiovisuelle de qualité, si l’on s’en tient à notre environnement. La nécessité d’un dégraissage de l’hippopotame budgétivore s’impose. La préservation de l’emploi ne saurait servir de prétexte pour le maintien de l’effectif actuel car le gain de productivité tiré du dégraissage peut servir à la création d’autres emplois.

Monsieur le Ministre,

- L’arrimage d’une chaîne sur satellite coûte, comme je l’ai dit, 100 millions de Fcfa aujourd’hui. Combien a coûté l’arrimage de la CRTV au satellite ?

- La redevance audiovisuelle rapporte environ des dizaines de  milliards par an à l’Etat repartis entre la seule CRTV et le Trésor public. Qu’est ce qui justifie que les médias audiovisuels privés qui remplissent autant sinon mieux leurs missions de service public ne bénéficient pas de la redevance audiovisuelle  au même titre que la CRTV qui dispose pourtant d’un budget colossal financé exclusivement par le contribuable camerounais?

- Quand est ce que toutes les autres chaînes audiovisuelles cesseront – à travers les impôts et taxes qu’elles paient- d’être des actionnaires de la CRTV qui est pourtant une chaîne concurrente ?

Qu’est ce qui explique que cette Redevance Audiovisuelle ne soit pas répartie entre toutes les chaînes audiovisuelles suivant une clé de répartition dépouillée de toute opacité et acceptée par tous les protagonistes de ce secteur d’activités ?

- Qu’attendez-vous pour appliquer la Convention de Florence et le protocole additionnel de Naïrobi que le Cameroun a pourtant ratifiés et qui prescrivent la défiscalisation des intrants qui rentrent dans la fabrication des œuvres culturelles tells que les articles de presse, les écrits et autres.

- Partout ailleurs, on range les journaux dans les avions. Ne faudrait–il pas imposer aux compagnies qui desservent le Cameroun que celles-ci participent à la diffusion de l’image du pays en rangeant aussi nos journaux dans leurs avions ?

Monsieur le Ministre,

En entretenant la précarité dans les médias privés, on court le risque d’aliéner définitivement la quasi-totalité de camerounais avec toutes les conséquences que cela comporte. Mieux ces médias se portent, moins il y a des risques de dérives dans la société. Malheureusement pour notre pays, le gouvernement n’a aucun respect pour cette noble profession. Une des illustrations de ce que vous croyez que ce corps respectable n’est constitué que de mendiants et d’indigents est la dénomination « aide  à la communication privée » que vous avez institutionnalisé et que vous leur servez lorsque vous voulez leur distribuer le maigre  pactole.

La décence vous oblige à modifier cette dénomination. Vous pouvez utiliser le terme « subvention » en lieu et place d’«aide ». Ainsi, on aura désormais : « Subvention à la communication privée » au lieu de « aide à la communication privée ».

Le fort préjudice subi depuis longtemps par les médias privés doit être absolument réparé. A compter de l’exercice 2010, il est  impératif pour une saine concurrence,

- D’interdire la publicité à la CRTV  au cas où le Gouvernement s’obstine à ne pas répartir la Redevance audiovisuelle entre les protagonistes de ce secteur d’activités.

- De consacrer au minimum 01% du budget de l’Etat à la subvention à la communication privée.

- D’appliquer la Convention de Florence et le Protocole additif de Nairobi.

Monsieur le Ministre,

Par ce que les médias privés – promoteurs et journalistes – sont les lampions de toute société moderne, ils méritent largement d’être soutenus par les pouvoirs publics. Peut-être faudrait-il que je vous rappelle que dans certains pays, les directeurs de publication sont pris en charge par l’Etat en raison de ce qu’ils sont en même temps employeurs et accompagnateurs de l’Etat dans la mission de service public.

Je vous remercie.

2 Comments Add your own

  • 1. Ti Aya  |  11/24,2009

    Démocratie apaisée, qu'y ont dit. Démocratie apaisée.

  • 2. oniN  |  11/25,2009

    Eh oui, les termes qui permettent de tout justifier..

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Ce blog comporte ma critique de l'actualité camerounaise, africaine ou mondiale, avec un penchant pour les NTIC et les chiffres(!!)

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